Salem de Salamour

Quel jus sort de l’eau pressée
Malgré mon ventre gros de ton amour
J’étais laid chez les saints.
Tout ça part du pied
Et si la copie ne rentre pas dans le cadre
Ça change toute la différance
Ou quelque impasse.
Hors sujet, mais pas hors de propos
J’ai fait parler les morts
Avec mon corps en conséquence.
En quoi une lettre peut-elle servir à distinguer le lieu
De tous tes écrans noirs.
De joie à jolie se situe elle
Mes jambes enfin légères
Dans la mer morte.
Elle allongea la nuit tout au bout du monde,
Comme quoi les petites choses
Avec un peu de hauteur.

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Juillet 2025 (8)

Salem de Salamour

Faux Rome

Dans mon for sage œdipien
J’appréhendais les longs mois de l’ennui.
Heureusement
J’ai le pouvoir de me retirer
sur mon tapis roulant imaginaire
Où rien n’est prévu
Et où rien ne dépasse.
« Suis moi donc que je te quitte »
(la promesse d’aller nulle part)
Mais de ces moments manqués,
De ces espaces de flottement,
Surgissent
Des moments de création
Comme des potences de rencontre et d’imprévu.
Alors la corde aux pieds
Mat et lassée,
J’ai construit des châteaux de cartes
En attendant la brise de novembre

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Juin 2025 (12)

Faux Rome

Lys bleu

Je suis celui qui lie les bleus à l’âme au cou du père
Sous la pluie des crachats je nageais dans la mousse
À demi noyés les lanceurs de dés aux doigts percés

Dans l’ombre rouge des oliviers s’estombe le reflet des lys
Ici logent les granules de malices et la sensation de fin du monde
Ou la constitution d’un destin à la poursuite du chagrin

Pour continuer à vivre
Il faut du temps du temps et encore du temps
Un tant pestif dans le miroir sans s’en apercevoir

On y revient l’air de rien
Au liant qui désunis le soleil de mon étoile
Car par delà la brûlure électrique rien ne passe malgré les cicatrices

Et toi le père mort de fin
Tu ricanes sur les balustrades du Styx
Si seulement j’avais ton nom je pourrais crier ton pardon

Créatif ou créateur
Maladif ou prédateur
Colibri ou quolibet

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Novembre 2024 (20)

Lys bleu

Or d’eux

Père ne vois-tu pas que je brûle ?
Dans mon armure de guère
Loin des oripeaux des fardeaux
Je rêve d’accident
De morceaux de chair
Du gout du sang.
– 256 sur l’autoroute –
La sensation de joie avant la mort
Les structures de la démence
Une ombre noircie à la craie
Les plateaux de la défense.
Ici une figure d’impossible
Inhale la jouissance
Sans jamais dire son nom,
C’était bien la pénombre.

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Août 2024 (20)

Or d’eux

Mémé la lumière

Sur le chemin de la pisciculture je pensais à
tous ces thons que j’avais baisé sans tendresse
Je m’exaltais peu face à la banalité du monde
Face au désir sale
« Avec toi la vie est belle mon amour, la ville est
à nous »
Autant de fontaines que de femmes dans mon
parc à jus imaginaire.
Une heure de retard plus tard
Assise sur mon marégraphe, j’attendais que ça
monte
Mais c’était le quatrième jour et tout était fini
Je devais exploiter ma folie avec les fous,
entretenir la nécessité de cette position de tyran
alors j’ai fini par me jeter sous le train
Pourtant je voulais vivre.

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Juin 2024 (18)

Mémé la lumière

DÉMOCRACYSTITE

Le bruit blanc de l’eau caresse la face noire de la lune, le visage gonflé juste à l’instant noyé dans le virage d’une route invisible. La migration, la nourriture des poissons, la pourriture des garnisons. Le prix du fantasme de pureté, toute cette bouillie d’humanité ; aime les tiens, tape m’en cinq. Mais t’es qui connard ?


Au lendemain des regards sombres, certains pratiquent le décathlon des hécatombes et abreuvent un dieu d’amertume. Franchement c’est d’la bombe cette malestime. Partout autour de moi, je vois la haine, la haine, la haine et le film n’est pas beau à voir. J’entends dans les hauts parleurs les chants de la gloire morbide, la symphonie des charniers et le train sifflant que le travail rend libre. Jusque ici tout va bien mais faites vos jeux car rien ne va plus.


Alors, au réveil du rêve blanc, je contemple le mensonge d’état : liberté, égalité, fraternité ; ma cité a craqué. Regards en arrière, dix ans d’errance sur la mer Égée ; j’en ai pourtant tué des métèques, creuvé des yeux et déchiré des robes au nom de la paix. L’Histoire encore une fois inlassablement se répète, et moi pour une fois sobre, je me dégoûte de notre humanité.

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Juin 2024 (12)

DÉMOCRACYSTITE

Les coquelicots éternels se posent ainsi, caractériels sur les âmes esseulées. L’autre n’existe pas, je suis seul à tourner au noir, les ronds points, les copains, parfois les vagins, mes obsessions n’y concèdent rien. Renoncer à jouir, renoncer à espérer, carpe diem, deus ex, la vie m’échappe, les pines des roses m’écharpent.

Alors je le pose ici, face au soleil de nos envies, je contemple mon ennuie et je pense à la haine, aux reflux des refus qu’on s’inflige, je repense avec tendresse aux plissures de ta belle peau pourtant si sèche que le long des étangs j’ai voulu hydrater, avec ma langue j’ai lapé, lapé, lapé, lapé, je voulais te faire jouir encore alors que la métaphore me manquait si fort, pas autant que toi, figure toi, car tu es morte et cette décision définitive laisse les traces béantes du manque à être deux, du manque à être heureux.

La mer s’efface dans le désert, elle est inatteignable, imaginaire c’est indéniable, moi je me suis enfin réconcilié avec la mer qui charrie la mort, et le chemin, ce coup du destin, je le suis comme un lanceur de sorts tandis que les canaux de mon corps charrient les gouttes de sueur, de mouille, de sperme et de peur.

Je ne suis finalement qu’un corps, sexué sur le rivage.

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Avril 2024 (6)

Mathilde

Je pense aux fenêtres noires de ce film horrible
je pense à ce néant absolu, la mort, la vraie,
celle qu’on peine à prononcer tant elle
reflette nos croyances indiscibles.
J’en suis pétrifié et j’aimerais m’en arracher
les images de la tête.
C’est depuis une si brève éternité que je suis en vie
(enfin) parfois à moi-même. Ainsi je souris devant la fragilité et
je la vois revenue. Je peine à y croire tant
en moi les fenêtres des moires sont peintes
de noir. Alors, un peu des couleurs de l’illusion,
quelques lectures bien senties, un petit suçon
(nous-la-poire) ornent maintenant
mon écusson. Et pourtant je peine à croire,
méprisant la passion.

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Mars 2024 (8)

Mathilde

Les trahisons du soleil

Ma vie n’est finalement faite que d’une longue nuit qui se succède à elle-même, les chiens errants, l’ennui du succès.
Heureusement l’amour résiste toujours et sur le fil du rasoir de mes échecs, je marche sans avoir réussi à m’en taillader les veines.
Le coeur est gros du vide qui s’y est immiscé lors d’une période perdue, cette enfance dont on a à jamais jeté la clé.
L’enivrement de la joie, face à la tristesse des bukkakes. S’enticher d’autres cultures sans jamais savoir de qui on nait.
J’ai lu des livres, j’ai ri, j’ai pleuré. J’ai lu des livres pendant que mon père me frappait. J’ai ri, j’ai pleuré.
Dehors il tombait des hallebardes, triste métaphore qui recouvre mal la réalité du charnier qui nous entaille les yeux et fait exploser nos culpabilités assouvies.
Souvent le ciel du sud me heurte, je n’y vois que des ratés, la mélancolie de la mer, la mélancolie du bleu.
L’immobilisme de ce beau temps jamais ne passe, il est sans audace et sans reflet sur nos godasses aux lacets délavés.
Alors parfois je marche, je cherche les fils de la destinée, alors parfois je marche et ce faisant je tisse mon chemin de désirs insatisfaits.

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Décembre 2023 – Janvier 2024

Les trahisons du soleil