Le bataillon d’exploration

Une partie de moi
inlassablement demeure
vierge

Une partie de toi
insaisissable
recule dans le désert.

J’ai roulé ma bosse
sur un dé
à milles farces

Et pourtant

Jamais je n’aurais
parié
sur le double dire,

Le silence d’une respiration
l’écrit d’un « je veux »
en chasteté.

Le bataillon d’exploration

L’affront tiers

Comme le manque contemple son propre trou quand la belle est la bête, à ton beau ouvert tu as muré le désir d’îles en écoutille. Moi je nous regardais à travers le hublot de la guillotine et j’y voyais tous ces monts vides dans leur passage à l’acte béton. Par la suite, au moment morbide des délices d’union, pris d’une verticalité folle j’ai fermé la portière et je me suis mis à délirer dans mon lanceur-géostationnaire-orbital. De là-haut ma place avait revêtu son bel uniforme, mais ayant grandi en il est vilaine je me faisais la réflexion que la modernité ça materne idées. Quand je suis redescendu, l’empereur m’attendais à la place du même nom, mais je n’y ai trouvé que la promesse d’un autre trou. Ainsi, saison après saison – rancœur de l’hiver emmuré – je me répète doucement : qui prima verra.

L’affront tiers

L’envahi danse

Nous, au début, au pied du tilleul
on s’moquait.
la clope au bec, ils étaient
ridicules avec leurs fringues carrées.
Quelques égorgements plus tard
et les seuls mots dans
leurs bouches sanglantes :
« l’ordre et la paix. »
Ils avaient habillé leur banale
violence de la splendeur des Eros
pris nos roses hérissées
d’épines proses, de nos erreurs.
Et tandis que nous heurtions
nos résistances prosaïques
au glas de leurs corps
métalliques, elle était là.
Dans la foule fuyante
à gare,
la grande professeure de
l’Histoire qui se répète,
l’experte en disques rayés.
Et dans nos corps meurtris
de nos sillons de larmes
nous on pleurait,
de ne l’avoir écouté.

L’envahi danse

L’Eden a ordures

Droit comme le marbre,
La tête ailleurs,
Le membre dressé à pourvoir au devoir
Je contemplais les braises sans baise.
Dans une maison brûlant de froid
En corps perdus à la cause
Je m’étais rendu aveugle
À moi-même.
Je ne me souviens plus de l’avant
Mais quand tu la tiens,
L’autre,
Les yeux dans les yeux
Je ne vois que mon désire mort
Pendu à tes lèvres infertiles.

L’Eden a ordures

Le voile acté

Aussi sombre que de l’eau de roche je déversais mes insultes dans le cul des putains honorables, et je me rendais plein de honte à te chercher. Pour certains tout à commencé là dans l’étable de la loi : une vierge et un cocu a qui la faute. Par la suite j’ai appris à faire défaut en désertant le monde dans un avion pour deux, mon insubmersible, ma maison près du lac. C’est ainsi que je fis la rencontre de Dieu : profond mais sans envergure car c’est au royaume des singes qu’il faisait l’arbre droit. En déséquilibre j’avais oublié son nom sans même l’avoir appris, mais eu-ce t’il fallu que je le sus pour autant ? Moi qui ai toujours eu peur de m’apparenter au cynisme ambiant, je n’ai su raconter mon histoire qu’en des illusions.

Le voile acté

L’ivresse de l’armagnac

Elle était là,
Mains tenues
Debout,
Encerclée dans la droiture nue qu’il convient d’apprécier.
Les jambes écartées,
Fermes et fébriles
Le sexe prêt
Respirant la nudité haletante imposée d’un regard.

L’encerclement des pas la fait prisonnière,
L’un après l’autre
Un peu plus, ils l’enserrent.
Dans cette valse aux allures solitaires
Seule la brise des resserrements de gorge
Trahis les tressaillements de buste.
Brusque étendard d’une poitrine
Tenue
De la fermeté d’un désir.

Les claquements
Punitifs
Et prétentieux qui jailliront alors
Peigneront les ardeurs emmêlées,
Dénoueront les cœurs voraces.
Battant plus fort elle suppliera
Qu’enfin il repasse,
Sa chair palpitante d’agonie
Réclamant son rapace
Et que dévot il la dévore,
Encore,
Encore,
Encore.

L’ivresse de l’armagnac